
Au cœur de la plus ancienne ville de France, le Musée d’Histoire de Marseille s’impose comme un témoin exceptionnel de 26 siècles d’évolution urbaine. Construit autour du site archéologique du Port Antique, ce lieu unique en Europe révèle les strates successives de l’histoire marseillaise, de la fondation grecque de Massalia jusqu’aux transformations contemporaines. Plus qu’un simple musée, cette institution offre une plongée immersive dans les racines méditerranéennes de la cité phocéenne, conjuguant découvertes archéologiques remarquables et muséographie innovante. Les visiteurs découvrent ici un patrimoine exceptionnel où se mêlent épaves antiques, vestiges hellénistiques et témoignages de la vie quotidienne à travers les âges, faisant de ce musée un passage obligé pour comprendre l’âme marseillaise.
Architecture et conception architecturale du musée d’histoire de marseille
Intégration du site archéologique du port antique dans la structure muséale
L’architecture du Musée d’Histoire de Marseille repose sur une prouesse technique remarquable : l’intégration parfaite des vestiges archéologiques découverts lors des fouilles de 1967 dans la conception même du bâtiment. Cette approche révolutionnaire permet aux visiteurs d’observer in situ les fondations du port grec antique, créant un dialogue permanent entre patrimoine enfoui et présentation muséale contemporaine. Les architectes ont développé un système de passerelles suspendues qui surplombent les vestiges sans les endommager, offrant des perspectives uniques sur l’organisation urbaine antique.
La structure muséale englobe ainsi naturellement le site archéologique, transformant les contraintes de préservation en atouts scénographiques. Les parois de verre permettent une vision panoramique sur les vestiges tout en les protégeant des intempéries, tandis que l’éclairage savamment orchestré révèle la profondeur stratigraphique du site. Cette intégration architecturale unique fait du musée marseillais un modèle d’archéologie préventive urbaine reconnu internationalement.
Design contemporain d’henri ciriani et aménagements scénographiques
L’architecte Henri Ciriani a conçu en 2013 une rénovation magistrale qui transforme l’expérience de visite grâce à une scénographie immersive. Les 3 500 m² d’exposition déploient un parcours fluide où les matériaux contemporains – verre, métal et béton – dialoguent harmonieusement avec les pierres antiques. Les espaces d’exposition bénéficient d’une modularité exceptionnelle, permettant d’adapter la présentation des collections aux différentes thématiques abordées.
La façade entièrement vitrée du musée crée une transparence symbolique entre la ville moderne et ses origines antiques. Cette conception architecturale permet aux passants du Centre Bourse d’apercevoir les vestiges archéologiques, suscitant la curiosité et invitant à la découverte. Les aménagements scénographiques intègrent des dispositifs multimédia de dernière génération, créant une expérience immersive qui transcende la simple contemplation d’objets.
Jardin des vestiges : préservation in situ des fortifications hellénistiques
Le Jardin des Vestiges constitue l’écrin paysager du site archéologique du Port Antique, présentant in situ les impressionnants remparts hellénistiques datés du III
e siècle av. J.-C. Ces murailles monumentales, associées à une vaste esplanade portuaire, témoignent du rôle stratégique de Massalia dans les échanges méditerranéens. Le parti pris de préservation in situ permet d’apprécier les structures dans leur environnement originel, sans reconstruction artificielle, ce qui en fait un véritable manuel d’archéologie à ciel ouvert. L’aménagement paysager, confié à l’architecte Joël-Louis Martin, accompagne la lecture des vestiges par un traitement discret de la végétation et des circulations, privilégiant la lisibilité des structures antiques.
Le Jardin des Vestiges illustre à lui seul la spécificité du Musée d’Histoire de Marseille : un musée qui s’ouvre vers l’extérieur et qui prolonge ses salles d’exposition dans l’espace urbain. Des panneaux explicatifs, des restitutions graphiques et des dispositifs de mise en lumière nocturne permettent de se représenter l’organisation du port antique et ses transformations au fil des siècles. En déambulant entre remparts, bassins et voies pavées, vous percevez concrètement la stratification historique de la ville, comme si vous feuilletiez un livre de pierre. Ce dialogue permanent entre nature, architecture et archéologie fait du Jardin des Vestiges un lieu incontournable pour saisir les origines de Marseille.
Dispositifs de médiation architecturale et circulation des visiteurs
La conception architecturale du musée accorde une attention particulière à la circulation des visiteurs et à la compréhension intuitive des espaces. Un système de rampes douces, d’escaliers et d’ascenseurs relie les différents niveaux, permettant une accessibilité optimale, y compris pour les personnes à mobilité réduite. Les parcours sont organisés de manière à alterner vues d’ensemble et focus sur des objets ou des zones précises, un peu comme un zoom progressif sur l’histoire de Marseille. Cette mise en scène spatiale contribue à guider naturellement le visiteur sans recourir à une signalétique envahissante.
Les dispositifs de médiation architecturale – maquettes volumétriques, plans rétroéclairés, coupes stratigraphiques – jouent un rôle clé pour expliquer la complexité du site. Ils permettent, par exemple, de visualiser l’évolution du port antique, des remparts ou des quartiers médiévaux en superposant différentes époques. Des écrans interactifs, des audioguides multilingues et des projections immersives complètent l’approche en offrant plusieurs niveaux de lecture, du simple survol à l’analyse détaillée. Ainsi, que vous soyez néophyte ou passionné d’archéologie, vous trouvez des clés adaptées pour comprendre la ville et ses transformations architecturales.
Collections archéologiques permanentes et stratigraphie marseillaise
Les collections permanentes du Musée d’Histoire de Marseille sont organisées comme une véritable stratigraphie marseillaise, chaque salle correspondant à une couche temporelle de la ville. Plus de 4 000 objets y sont présentés, issus de fouilles terrestres et sous-marines, de découvertes fortuites ou de chantiers d’archéologie préventive. Cette organisation permet de suivre, pas à pas, l’évolution de la cité phocéenne, depuis les premières traces d’occupation préhistorique jusqu’aux grands travaux du XXe siècle. Vous progressez ainsi dans le temps comme un archéologue qui descendrait couche après couche sous la surface urbaine actuelle.
Cette approche stratigraphique est renforcée par une scénographie qui met en relation les objets avec leur contexte d’origine : cartes, photographies de fouilles, reconstitutions 3D et maquettes replacent chaque vestige dans son cadre topographique et historique. On comprend alors comment un fragment de céramique, une ancre en plomb ou une stèle funéraire s’inscrivent dans un ensemble plus vaste de pratiques sociales, économiques et religieuses. Le musée joue ici un rôle de passeur entre le monde scientifique et le grand public, en rendant lisibles des données parfois complexes sans les simplifier à outrance.
Vestiges préhistoriques de la grotte cosquer et art pariétal paléolithique
Si l’histoire de Marseille commence officiellement avec la fondation de Massalia vers 600 av. J.-C., les collections du musée rappellent que l’occupation humaine du territoire est bien plus ancienne. Les vestiges préhistoriques de la grotte Cosquer, située dans les calanques à proximité de la ville, témoignent d’une présence remontant à plus de 27 000 ans. Bien que la grotte elle-même ne soit pas accessible au public pour des raisons de conservation, le musée présente des moulages, des reproductions et des supports multimédias qui restituent la richesse de son art pariétal. On y découvre des mains négatives, des chevaux, des bouquetins, mais aussi des animaux marins, rares dans l’iconographie paléolithique.
À travers ces reconstitutions d’art pariétal paléolithique, le Musée d’Histoire de Marseille replace la cité phocéenne dans une histoire bien plus longue, à l’échelle des temps géologiques. Les dispositifs audiovisuels permettent d’explorer la grotte virtuelle, comme si vous plongiez sous la mer pour atteindre ses galeries ornées. On comprend alors que le site de Marseille n’est pas seulement un port antique, mais aussi un territoire fréquenté et investi symboliquement dès la Préhistoire. Cette perspective élargie offre une entrée originale pour les familles et les scolaires, qui découvrent que l’aventure marseillaise commence bien avant les Phocéens.
Période grecque : céramiques attiques et amphores de massalia
La section consacrée à la période grecque constitue l’un des cœurs scientifiques du musée. Les céramiques attiques, importées de Grèce continentale, témoignent des liens commerciaux étroits entretenus par Massalia avec le monde égéen. Vases à figures noires et à figures rouges, coupes à boire, cratères à vin ou petites fioles de parfum permettent de reconstituer la vie quotidienne des élites massaliètes, imprégnée de modèles culturels grecs. Les décors mythologiques, les scènes de banquet ou d’athlétisme reflètent un art de vivre méditerranéen déjà très cosmopolite.
À côté de ces pièces importées, les amphores de Massalia illustrent le dynamisme de la production locale. Ces grands contenants en céramique, destinés au transport du vin ou de l’huile, portaient parfois des marques de potiers ou de négociants, véritables signatures commerciales de l’époque. En comparant les formes, les pâtes et les estampilles, les archéologues ont pu reconstituer les réseaux d’échanges qui reliaient Marseille à la Gaule, à l’Espagne ou encore à l’Italie. Pour le visiteur, c’est l’occasion de visualiser concrètement comment une cité fondée par des colons grecs a structuré un vaste hinterland économique, un peu comme un hub logistique antique.
Épave Jules-Verne 7 et archéologie navale antique
Parmi les pièces majeures présentées par le Musée d’Histoire de Marseille figure l’épave Jules-Verne 7, l’un des témoins les plus éloquents de l’archéologie navale antique en Méditerranée. Découverte place Jules-Verne lors de fouilles préventives, cette embarcation datée entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C. illustre les techniques de construction navale utilisées par les marins grecs. Sa restitution partielle, associée à des maquettes et à des dispositifs numériques, permet de comprendre comment étaient assemblées les bordés, les membrures et la quille, et comment ces bateaux affrontaient les conditions parfois difficiles de la navigation en mer.
Autour de l’épave, une collection d’objets liés au commerce maritime antique – amphores, ancres, outils de calfatage – vient compléter le tableau. Des reconstitutions 3D et des animations montrent les routes suivies par ces navires, les cargaisons transportées et les rythmes de la navigation saisonnière. Vous pouvez ainsi suivre virtuellement un voyage type entre Marseille, l’Italie et la péninsule Ibérique, en prenant conscience du rôle structurant joué par la mer dans le développement de la cité. Pour les passionnés de nautisme comme pour les curieux, cette section rend très concrète une réalité souvent abstraite : celle des échanges maritimes antiques.
Mobilier funéraire de la nécropole de Sainte-Barbe
La découverte de la nécropole de Sainte-Barbe, lors des grands chantiers d’aménagement urbain, a profondément renouvelé nos connaissances sur les pratiques funéraires à Marseille entre l’Antiquité et l’Antiquité tardive. Le musée expose un ensemble de tombes reconstituées et un riche mobilier funéraire : vases, lampes à huile, bijoux, monnaies et objets de parure. Chaque élément raconte quelque chose des croyances, des rites d’inhumation ou de crémation, et du statut social des individus inhumés. En observant ces objets, vous entrez dans l’intimité des familles marseillaises d’autrefois, de leurs peurs face à la mort comme de leurs espoirs d’au-delà.
Des dispositifs de médiation expliquent la méthodologie des archéologues pour interpréter ces vestiges : analyses anthropologiques des ossements, datations, études des dépôts secondaires. Des schémas clairs montrent comment la nécropole s’organisait dans l’espace, en relation avec les voies de circulation et les quartiers d’habitation voisins. Cette approche pluridisciplinaire, à la croisée de l’archéologie, de l’anthropologie et de l’histoire des religions, donne une profondeur humaine à la visite. Elle rappelle aussi que Marseille n’est pas seulement une ville tournée vers la mer et le commerce, mais aussi un lieu de mémoire et de rituels, où la mort occupait une place structurante dans l’espace urbain.
Artisanat médiéval : tanneries et fours de potiers de l’alcazar
La période médiévale est particulièrement bien représentée dans les collections grâce aux fouilles du secteur de l’Alcazar, qui ont mis au jour des ateliers d’artisanat urbain. Les tanneries et les fours de potiers, présentés à travers des maquettes, des objets et des vidéos de reconstitution, révèlent une ville laborieuse où les activités de production occupaient une place importante au cœur même de l’espace habité. Les cuves de tannage, les rebuts de cuisson, les moules et les outils permettent de comprendre les gestes des artisans et les contraintes techniques de leurs métiers.
Cette section met en lumière le rôle économique du centre-ville médiéval, loin de l’image parfois idéalisée d’une cité uniquement commerçante et portuaire. On y découvre un tissu productif dense, où se mêlent ateliers, habitations et espaces de stockage, un peu comme dans certains quartiers artisanaux encore visibles autour du Méditerranée. Pour le visiteur, c’est aussi l’occasion de saisir la continuité de certaines activités – la céramique, par exemple – depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge. Des dispositifs interactifs permettent de comparer les formes de vaisselle, les décors et les techniques de cuisson selon les périodes, rendant très concrète l’évolution des savoir-faire locaux.
Parcours chronologique et muséographie interactive
Le parcours chronologique du Musée d’Histoire de Marseille est structuré en treize grandes séquences, chacune correspondant à un moment clé de l’histoire de la ville. Ce fil d’Ariane, clairement matérialisé au sol et dans la signalétique, permet au visiteur de se repérer facilement et de progresser à son rythme. Vous pouvez choisir de suivre l’ensemble du parcours, de la Préhistoire à la ville contemporaine, ou de vous concentrer sur certaines périodes – l’époque grecque, le Moyen Âge, l’ère industrielle – selon vos centres d’intérêt. Cette flexibilité rend la visite particulièrement agréable, que l’on dispose d’une heure ou d’une demi-journée.
La muséographie interactive constitue l’un des points forts du dispositif. Bornes tactiles, cartes dynamiques, reconstitutions 3D et films immersifs permettent de visualiser la transformation du paysage urbain marseillais au fil des siècles. Par exemple, une application de réalité augmentée donne à voir certains monuments – remparts, églises, bâtiments portuaires – tels qu’ils apparaissaient à l’Antiquité ou au Moyen Âge, superposés à la ville actuelle. Cette mise en perspective, un peu comme si l’on empilait des calques sur un plan, aide à comprendre pourquoi certaines rues suivent encore le tracé d’anciennes voies romaines ou de remparts disparus.
Pour rendre la visite accessible à tous les publics, le musée propose 24 audioguides ludiques, disponibles en plusieurs langues et adaptés à différents niveaux de connaissance. Certains parcours sont spécifiquement conçus pour les enfants, avec des énigmes, des personnages-guides et des contenus pédagogiques adaptés. D’autres s’adressent à un public plus averti, en approfondissant les enjeux de l’archéologie préventive, de la stratigraphie ou des grandes controverses historiographiques. Cette pluralité de dispositifs permet à chacun de construire sa propre expérience de visite, en fonction de ses attentes et de son rapport à l’histoire.
Fouilles archéologiques urbaines et chantiers de l’INRAP
Le Musée d’Histoire de Marseille s’inscrit au plus près de l’actualité de la recherche grâce à une collaboration étroite avec l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) et les services d’archéologie de la Ville. Les grandes opérations de réaménagement urbain, les constructions de lignes de transport ou de nouveaux quartiers sont autant d’occasions de mener des fouilles préventives, dont les résultats alimentent régulièrement les collections et les expositions. Marseille constitue à ce titre un véritable laboratoire d’archéologie urbaine, où chaque chantier peut révéler une nouvelle page du passé.
Le musée joue un rôle de vitrine scientifique pour ces découvertes, en les présentant au public sous forme de vitrines thématiques, de panneaux explicatifs ou d’expositions temporaires. Il ne s’agit pas seulement de montrer des objets, mais aussi d’expliquer les méthodes de fouille, les techniques de datation, les études de sols ou de matériaux. Vous découvrez ainsi les coulisses de la discipline : comment lit-on une coupe stratigraphique ? Comment reconstitue-t-on un bâtiment disparu à partir de quelques murs et de fragments de mobilier ? Cette mise en récit du travail archéologique renforce le lien entre la ville que l’on habite et le sol sur lequel elle repose.
Site de la bourse : découvertes du port grec et romain
Le site de la Bourse constitue l’une des opérations fondatrices de l’archéologie marseillaise moderne. Les fouilles menées à partir de 1967, lors de la construction du Centre Bourse, ont mis au jour une partie significative du port grec et romain : bassins, quais, remparts, mais aussi l’épave romaine dite de la Bourse, aujourd’hui pièce maîtresse du musée. Cette dernière, longue d’environ 23 mètres, est le plus grand navire antique exposé en France et offre un témoignage exceptionnel sur les techniques de construction navale à l’époque impériale.
Les vestiges dégagés sur le site ont été en grande partie conservés in situ dans le Jardin des Vestiges, tandis qu’une sélection d’objets – amphores, équipements de bord, instruments de mesure – est présentée dans les salles du musée. Des maquettes et des animations expliquent le fonctionnement du port antique, ses bassins de radoub, ses entrepôts et ses dispositifs de défense. Vous pouvez ainsi visualiser comment le site de la Bourse, aujourd’hui au cœur du centre commercial, était autrefois la porte d’entrée maritime de la cité. Cette superposition d’usages, du port antique au centre d’affaires contemporain, illustre parfaitement la continuité urbaine marseillaise.
Chantier République-Sainte-Barbe et urbanisme antique
Le chantier République-Sainte-Barbe, mené en amont de travaux d’aménagement urbain, a permis de documenter l’organisation d’un quartier périphérique de la ville antique. Les fouilles ont révélé des îlots d’habitation, des espaces artisanaux et des axes de circulation qui éclairent l’urbanisme de Massalia puis de Massilia sous l’Empire romain. Plans de maisons, systèmes d’évacuation des eaux usées, sols mosaïqués et ateliers de production offrent un regard concret sur la vie quotidienne des habitants de ce secteur, loin des seuls monuments emblématiques.
Le musée présente une sélection de ces découvertes sous forme de plans, de maquettes et de vitrines thématiques. Des cartes superposent le tracé des rues antiques à celui des voies actuelles, permettant de comprendre comment certains alignements ont perduré jusqu’à nos jours. Des vidéos documentaires, réalisées en partenariat avec l’INRAP, montrent les archéologues au travail, du décapage des couches aux relevés topographiques. Cette immersion dans les coulisses du chantier fait apparaître l’archéologie urbaine non pas comme une discipline figée, mais comme une enquête en cours, où chaque nouvelle découverte peut remettre en question des hypothèses établies.
Fouilles préventives du tunnel de la major
Les fouilles préventives du tunnel de la Major, menées à l’occasion de la création d’une infrastructure routière sous la cathédrale de la Major, ont ouvert une nouvelle fenêtre sur la topographie antique et médiévale de ce secteur stratégique. En creusant sous les axes de circulation actuels, les archéologues ont mis au jour des niveaux d’occupation superposés, allant de l’Antiquité tardive à l’époque moderne. Murs, fosses, sépultures et structures portuaires ont permis de reconstituer l’évolution d’un quartier situé à la jonction entre ville haute, ville basse et front de mer.
Au musée, ces découvertes sont présentées à travers des coupes stratigraphiques pédagogiques, des relevés en 3D et des objets caractéristiques de chaque période. On y voit comment le secteur de la Major, aujourd’hui dominé par la silhouette monumentale de la cathédrale, a connu plusieurs phases de densification, d’abandon partiel, puis de réinvestissement. Cette histoire en palimpseste, où chaque époque laisse une trace plus ou moins visible, constitue une métaphore parlante pour l’ensemble de la ville de Marseille. En observant ces couches superposées, vous prenez conscience que marcher dans les rues actuelles revient à circuler quelques mètres au-dessus de plusieurs villes successives.
Programmes culturels et médiation scientifique
Au-delà de ses collections permanentes, le Musée d’Histoire de Marseille se distingue par une programmation culturelle dense, pensée comme un prolongement vivant des salles d’exposition. Conférences, tables rondes, projections de documentaires, rencontres avec des chercheurs et ateliers participatifs ponctuent l’année, souvent en lien avec l’actualité archéologique locale. Les « Mardis de l’Histoire », par exemple, proposent régulièrement de revenir sur des événements marquants de l’histoire marseillaise à partir de sources visuelles, textuelles ou matérielles, en croisant les regards d’historiens, d’archéologues et de témoins.
La médiation scientifique occupe une place centrale dans la stratégie du musée. L’équipe de médiation conçoit des outils et des formats variés pour rendre accessibles des contenus parfois complexes : visites commentées thématiques, livrets-jeux pour les enfants, parcours sensoriels, ateliers de fouille simulée ou de céramologie. Les scolaires bénéficient d’une offre spécifique, construite en partenariat avec l’Éducation nationale, qui permet d’articuler les collections avec les programmes d’histoire et de géographie. Pour les enseignants, des dossiers pédagogiques et des formations sont proposés afin de préparer au mieux les sorties de classe.
Les expositions temporaires jouent également un rôle clé dans cette dynamique. L’exposition « Marseille vue par les Detaille – 164 ans de photos », par exemple, invite à parcourir l’histoire contemporaine de la ville à travers le regard de trois générations de photographes, de la fin du XIXe siècle à nos jours. En croisant archives iconographiques, récits de vie et grands événements urbains, elle montre comment l’image peut devenir un outil de mémoire collective. Là encore, des visites-ateliers de retouche photo, des rencontres avec les commissaires d’exposition et des conférences thématiques viennent enrichir le propos scientifique.
Pour renforcer le lien avec les habitants, le musée développe aussi des projets participatifs : collectes de témoignages, ateliers de cartographie sensible, enquêtes sur la mémoire des quartiers. Ces initiatives invitent les Marseillais à devenir eux-mêmes acteurs de la construction du récit urbain, en apportant leurs archives familiales, leurs souvenirs ou leurs parcours de vie. Dans un contexte où les villes méditerranéennes connaissent de profondes mutations, cette ouverture à la parole des habitants contribue à faire du musée non seulement un lieu de conservation, mais aussi un espace de débat et de réflexion sur l’avenir de la cité.
Positionnement dans le réseau muséal méditerranéen
Par son ampleur et la richesse de ses collections, le Musée d’Histoire de Marseille occupe une place singulière dans le réseau muséal méditerranéen. Il dialogue naturellement avec d’autres institutions majeures, comme le MuCEM à Marseille, le Musée d’Histoire de Barcelone (MUHBA) ou le Musée d’Alexandrie, qui interrogent elles aussi les trajectoires de grandes villes portuaires. Des partenariats scientifiques et des prêts d’œuvres permettent de croiser les regards sur des thématiques communes : les ports antiques, les échanges commerciaux, les migrations ou encore les circulations artistiques autour de la Méditerranée.
Ce positionnement se traduit par la participation régulière du musée à des programmes européens de recherche et à des réseaux professionnels dédiés à l’archéologie urbaine ou à la médiation patrimoniale. Les équipes contribuent à des publications, des colloques et des projets numériques, renforçant la visibilité internationale de Marseille comme laboratoire d’étude des villes méditerranéennes. Pour le public, cette inscription dans un réseau plus large se manifeste par des expositions coproduites, des expositions itinérantes ou des ressources en ligne qui situent l’histoire marseillaise dans un contexte géographique et culturel plus vaste.
Dans le même temps, le Musée d’Histoire de Marseille affirme une identité profondément locale, en revendiquant son ancrage dans la ville et son rôle de service public de proximité. L’entrée gratuite aux collections permanentes, la politique d’ouverture aux publics éloignés de la culture, les partenariats avec les associations de quartiers ou les structures sociales témoignent de cette volonté de démocratisation. En articulant dimension internationale et engagement local, le musée propose une autre manière de penser le patrimoine méditerranéen : non pas comme une collection figée d’objets prestigieux, mais comme une ressource partagée pour comprendre, questionner et habiter la ville d’aujourd’hui.